Critique Studio Funy Games U.S


Il y a dix ans, on découvrait horrifiés, le "drôle de jeu" mené par deux jeunes hommes tout de blanc vêtus, qui prenaient un malin plaisir à violenter une gentille famille. Un film choc de l'Autrichien Michael Haneke qui poursuivait son exploration de la violence à l'écran après Le septième continent, Benny's Video et 71 fragments d'une chronologie du hasard. Aujourd'hui, rien n'a bougé… ou presque. Le cadre de la caméra est strictement le même (le cinéaste a refait son film plan par plan) ; le décor à peu près identique (la campagne proprette autrichienne a cédé la place à sa cousine américaine) ; les visages, eux, se sont internationalisés : l'Australienne Naomi Watts, l'Anglais Tim Roth et l'Américain Michael Pitt.
En signant un film jumeau pour le marché américain, Haneke produit un geste à effets multiples. Il a la chance de toucher une audience plus vaste, et a fortiori le spectateur américain gavé, comme la plupart de ses congénères occidentaux, de violence aseptisée. L'une des forces de la mise en scène est d'ailleurs d'impliquer directement le public dans le processus dramatique via des adresses des acteurs à la caméra. Ce procédé permet aussi de démontrer l'aspect visonnaire du Funny Games original, qui s'est actualisé avec le temps.

Une bonification qui rend la vision de ce supplice familial encore plus dérangeante. Enfin, ce clonage en règle – comme jadis celui du Psychose, de Gus Van Sant –, en questionnant la possibilité de reproduction cinématographique, oblige à s'interroger sur l'acte de filmer et de regarder. À voir et à revoir !

Critique de Thomas Baurez, parue dans Studio Magazine n° 245 - Avril 2008

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