Tout sur FUNNY GAMES (US) - Le 2008-04-11
Funny Games marque un tournant décisif dans la carrière du cinéaste. Et c'est aussi avec ce dernier qu'arrivent les vraies polémiques et les controverses en tous genres. Dans le film, tout
commence pépère : une autoroute, une voiture, un couple avec son enfant, concours de musique classique... Puis d'un coup, la musique classique laisse place à la bande-son grunge de John Zorn qui
arrache les tympans et le générique rouge comme le sang défile avec un FUNNY GAMES en lettre d'imprimerie qui recouvre l'écran. Les deux menaces du film sont deux adolescents qui pour tromper
leur désoeuvrement trucident tous les riches dans leurs baraques luxueuses et isolées. Et pas n'importe quels ados : ils sont complètement déshumanisés (aucune compassion), pourvus de gants
blancs (on ne laisse pas d'empreintes) et de pseudos évocateurs (Beavis et Butthead), et éprouvent une passion pour tout ce qui tourne autour du sadisme. Du coup, quand on tue quelqu'un, on
n'abrège pas ses souffrances, on veut qu'il les endure... Funny Games, le quatrième long métrage, joue dans le registre de la dénonciation et de la déréalisation de la violence, et souligne (deux
fois plutôt qu'une) comment la violence peut être véhiculée par les images, les émissions de télé...
Nous avions les prémisses de cette réflexion dans Benny's Video où la perte de repères est dû aux rapports troubles que nous entretenons avec le tube cathodique. Funny Games est également une
analyse de la perversité, de l'inconscience et de la monstruosité. En montrant tout cet étalage de violence, Haneke dénonce le voyeurisme du spectateur. C'est d'ailleurs pour cette raison qu'il
est souvent détesté par les fans de film d'horreur : ces fictions ne possèdent aucune échappatoire et se vivent comme des expériences cauchemardesques dans lesquelles on ne tue pas pour le fun et
où le sang n'a rien d'un effet de palette. Malgré des traces incontestables d'ironie (les deux tueurs qui se disputent comme un couple), l'ensemble ne prête jamais à l'euphorie. Il se révèle même
bouleversant. Comme dans cette scène, superbe, où après avoir tué l'enfant du couple, les deux tueurs quittent la maison en laissant les parents saucissonnés. Un long plan-séquence montre les
deux membres restants de la famille qui tentent de recouvrer leurs esprits et de faire face à la réalité. Le père, tellement honteux de ne pas avoir pu sauver son fils et attristé par l'horreur
qu'il vient de vivre, laisse éclater ses émotions, sa rage longtemps masquée, contenue, confinée. Et les fans de films d'horreur s'en prennent plein de la gueule, de tout, de leur envie de
surenchère, de souffrance ostentatoire. Regardez donc ce que vos héros (le meurtrier lance des clins d'oeil aux spectateurs, comme si nous étions dans son camp) ont fait à ces gens. Ça vous
révolte ? Mais c'est de votre faute.
Lors du festival de Cannes, le film a eu son effet : à la fin de la projection, la salle a clairement été divisée en deux groupes : d'un côté, ceux qui sont contents et qui applaudissent, de
l'autre, ceux qui ont détesté et qui huent. Et là, Haneke, sourire aux lèvres, se lève, accompagné des acteurs de son film. Il a réussi son pari. Wim Wenders, le réalisateur des Ailes du Désir,
n'est d'ailleurs pas resté jusqu'à la fin de la projection du film. Il a dit qu'en quittant la salle, il avait échappé au piège tendu par Haneke. Ce qui est faux chez un Gaspar Noé (Irréversible)
où l'épilogue est toujours synonyme de lueur d'espoir ironique est rigoureusement exact pour Funny Games. Puisque, jusqu'au bout, le film ne s'améliorera pas, même si certains subterfuges peuvent
nous faire croire le contraire (la télécommande, le fusil - à deux reprises -, le couteau dans le bateau). C'est un peu comme si on mettait des souris dans une boîte et qu'on les tuait froidement
les unes après les autres, en disposant cependant à côté d'elles des aides, des armes, des moyens de se sauver mais qu'au moment où elles y accèdent, on les leur retire. Un jeu de massacre qui
comble le délice du pervers ? Pas si sûr. Funny Games se focalise sur les souffrances (les bourreaux sont souvent hors-champ) comme si nous étions nous-mêmes les victimes de ces horreurs. Michael
frappe fort, trop fort. Absence de recul, pas de points de vue, ni même d'apitoiement. Le cinéma est sans distance, rude, sec, pointu et dépourvu de compromis et des diktats du cinéma commercial
(satisfaire le public, être consensuel).
Source : Excessif.fr / DVDRama "Autopsie Haneke"
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