Tout sur FUNNY GAMES (US) - Le 2008-04-11
Que ce soit dans sa trilogie sur la glaciation émotionnelle (Le septième continent, Benny's Video et 71 Fragments d'une chronologie du hasard), les petits jeux pas drôles de Funny Games, ou,
même, La pianiste, son seul film de commande, tout le cinéma de Michael Haneke tourne autour de la représentation de la violence au cinéma (politique, sociale, érotique). Chez lui, la violence
peut surgir à n'importe quel moment comme dans une rame de métro (Code Inconnu, sa grande fresque polyphonique), dans une ville à feu et à sang où on achève bien les chevaux (Le temps du loup,
son film post-apocalyptique) ou dans un suicide en plan-séquence (Caché, son plus grand succès public). C'est souvent au moment où on s'y attend le moins pour amener le spectateur à réfléchir sur
l'acceptation de cette violence. C'est une leçon qu'il a hérité de Salo, ou les 120 journées de Sodome, de Pier Paolo Pasolini, sa référence ultime. Quand le cinéma donne l'impression de mettre
les deux doigts dans une prise...
Au cinéma, Michael Haneke a commencé en mettant sur pied une trilogie. Un peu à la manière de Pasolini. La sienne se prénomme "Guerre Civile" (ou "Glaciation émotionnelle", terme pompeux qui
aujourd'hui fait sourire son auteur). Il cherchait à montrer comment l'horreur peut pénétrer dans notre monde prétendument civilisé et donc un cadre qui est ordinaire. Tous les films de cette
trilogie ont été inspirés de fait-divers. Dans Le Septième Continent, une famille autrichienne et bourgeoise (évidemment) rompt tout lien avec l'extérieur et vit en un lieu clos où ils vont finir
par s'anéantir. Cette idée d'espace confinée sera également répétée comme une obsession par le cinéaste, donnant une impression de claustrophobie suffocante à chacun de ses films: le hangar
désaffecté dans Le temps du loup; la maison de campagne dans Funny Games; la rame de métro dans Code Inconnu; l'appartement dans La Pianiste, la télévision dans Caché.
Dans 71 Fragments d'une Chronologie du Hasard, qui emprunte la forme éclatée de la fresque plurielle, reprise plus tard dans Code Inconnu, Haneke additionne des bribes de vie qui, assemblés,
donnent un ensemble cohérent et nous amènent progressivement à comprendre les raisons du meurtre d'un étudiant. Avec la technique du battement d'ailes du papillon et de la fameuse théorie du
chaos, montrant que tous les événements ont un lien intrinsèque entre eux, il montrait que le hasard pouvait parfois mal faire les choses. Mais c'est avec Benny's Video, le second volet de la
trilogie que le maître de l'angoisse maladive frappe plus fortement encore. Ici, un adolescent d'origine bourgeoise (encore) en pertes de repères, passionné par le monde de l'image, assassine une
camarade de classe dont il est secrètement amoureux, avec un pistolet servant à abattre les cochons (!), référence à la première scène du film montrant l'agonie dudit cochon. Le déroulement de
l'intrigue, baignant dans une atmosphère malsaine, est peut-être encore plus insupportable que le sujet. L'ado, incarné par l'acteur Arno Frisch, figure Hanekienne par excellence, qu'on
retrouvera plus tard en psychopathe obséquieux dans Funny Games, filme la scène grâce à sa petite caméra et montre le carnage aux parents qui décident d'instinct d'aider leur fils et de cacher le
corps. Le fils les filme en train de maquiller le meurtre et les dénonce aux flics. La société (et tout ce qu'elle comporte) a-t-elle corrompu des enfants qui n'hésitent pas à faire preuve de
perversité envers leur entourage? La thèse peut sembler simpliste, et pourtant Haneke l'illustre dans son film avec une froideur extrême qui lui fait éviter toute forme de complaisance.
Source : Excessif.fr / DVDRama "Autopsie Haneke"
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