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Depuis la sortie du premier FUNNY GAMES, il y a dix ans, en quoi, selon vous, le paysage médiatique a-t-il changé et, parallèlement, comment a évolué
l’attitude des spectateurs vis-à-vis de la violence à l’écran ?

MH : Le premier FUNNY GAMES me paraît d’autant plus d’actualité que
depuis, les films en général se sont faits plus brutaux et les stratégies de vente plus raffinées -- d'un point de vue esthétique, j’entends, et non pas commercial... encore que la façon de
lancer un film a bien changé.
Dans cette nouvelle version, les questions que vous posez sur la violence et les médias sont-elles différentes ou identiques à celles que vous posiez dans la version de 1997
?

MH : Les questions sont identiques, leur pertinence a changé.
Le premier FUNNY GAMES précède d’une décennie des films tels que SAW et HOSTEL. Avec l'avènement de ces « franchises », comment voyez-vous l'évolution du
cinéma américain et, pour reprendre une de vos formules, la "déresponsabilisation du spectateur" ?

MH : D'une certaine façon, c’est la même question -- ou du
moins, à cette double question correspondent deux préoccupations corollaires : les choses empirent, tout devient de plus en plus détestable. Les films sont de plus en plus plats, ils versent de
plus en plus dans la banalité, le spectateur est traité de plus en plus comme un imbécile. C’est contre cela que je me dresse avec ce film. En temps que spectateur, je tiens à être pris au
sérieux, et quand je fais un film, je m’efforce te tenir mon spectateur pour un être intelligent et non pour un idiot.
Quelles différences, s’il y en a, voyez-vous à faire ce film pour un public américain par opposition à un public européen? Etait-ce une démarche consciente de votre
part pendant le tournage de ce remake? Qu’est-ce qui a nourri ce changement dans votre approche ?

MH : Il ne s’agit pas d’opposer le public américain au public
européen. Simplement, en tournant ce film en anglais, je peux toucher le monde entier. Au-delà des Etats-Unis, je peux atteindre les publics asiatiques, africains… la terre entière ! Ce qui est
impossible avec un film en langue allemande.
FUNNY GAMES est au fond l’histoire de l’invasion d’une maison, mais les « envahisseurs » cherchent moins à voler leurs victimes qu’à les terroriser. D'un côté, vous
mettez en lumière notre appétit pour le spectacle de la violence. De l’autre, vous jouez sur la peur que nous avons tous de nous trouver en position de victimes. Essayez-vous ici de traiter des
deux préoccupations à la fois ou penchez-vous plutôt pour l’une ou pour l’autre ?

MH : Par principe, je ne m’explique jamais. Je veux que ce soit le
spectateur qui interprète mon film. A lui d’y lire ce qu’il veut. Le film se situe à plusieurs niveaux – il ne traite pas uniquement de la « consommation » de la violence – et j'espère que le
spectateur percevra cette complexité en voyant le film. Je ne veux pas lui donner un « Manuel de l’utilisateur », à chacun de l’interpréter comme il ou elle veut. C’est le spectateur qui
parachève le film, pas mon opinion.
Le thème du film est tout à fait provocateur. Pourquoi est-ce un sujet si important, surtout dans le paysage culturel d'aujourd'hui ?

MH : Tout ce qui va à contre-courant – et je ne parle pas
uniquement de cinéma – est provocateur. Tout ce qui transgresse la norme et la convention est considéré comme obscène et provocateur. Si on adopte cette définition, j'espère bien que tous mes
films sont « obscènes et provocateurs ». Mais n’oubliez pas qu' « obscène » est le contraire de « pornographique ». Mes films ne sont pas censés être pornographiques ; en revanche, ils peuvent
très bien être obscènes et provocateurs.
Comment procédez-vous au choix des acteurs ? Vu la complexité des rôles, que recherchiez-vous chez vos interprètes ?

MH : Une des conditions pour que je fasse ce film était que Naomi
Watts joue Anna, car je pensais qu'elle était tout simplement la comédienne anglophone idéale pour ce personnage. Quant aux autres interprètes, j'ai suivi le processus habituel d’un casting avec,
pour seul critère, la qualité de l'acteur. Je ne recherche jamais un type particulier. Ce qui m’intéresse, c’est de trouver l’acteur ou l’actrice qui correspond le mieux au personnage. Ici,
j’avais besoin de comédiens capables de se confronter avec des rôles extrêmement délicats à aborder.
Comment avez-vous choisi les deux intrus dans ce remake ? Que recherchiez-vous en particulier ?

MH : De bons acteurs – c’était là le principal critère. Il était
important qu'ils correspondent idéalement aux personnages et qu’ils soient passionnants à observer de bout en bout. Je pense avoir trouvé cela chez Michael Pitt et Brady Corbet. Le fait qu’ils se
ressemblent physiquement -- ils sont tous deux blonds, ils ont à peu près la même taille et le même âge – n’est qu’une coïncidence. La couleur de cheveux n’avait pour moi aucune importance. Dans
l'original, les deux garçons sont physiquement très différents. J'ai simplement cherché les meilleurs acteurs pour ces rôles-là.
Qu’est-ce qui, dans la filmographie de Naomi Watts, vous a incité à la choisir pour ce remake de FUNNY GAMES?

MH : Je l’avais vue dans 21 GRAMMES et dans MULHOLLAND DRIVE et je
l’y avais trouvée remarquablement convaincante. Je voulais simplement travailler avec elle car c’est à mes yeux une excellente comédienne.
Comment faites-vous pour tirer de telles performances de vos acteurs, pour les pousser aussi loin dans l’expression de la terreur et les aider à se maintenir
à un tel niveau d'intensité tout au long du film ?

MH : D’abord, il faut, bien sûr, d’excellents acteurs. Ensuite, il
faut tout faire pour éviter les erreurs. Fred Zinnemann, qui a réalisé nombre de films hollywoodiens (dont LE TRAIN SIFFLERA TROIS FOIS et AU RISQUE DE SE PERDRE), s’était jadis entendu poser la
même question et il avait donné à peu près la même réponse : il vous faut a) un bon casting, et b) tout faire pour éviter les erreurs. Ca peut paraître banal, mais c’est tout à fait vrai. Un, il
faut non seulement faire appel à de bons acteurs, mais aussi leur donner le rôle qui leur convient. Deux : éviter les erreurs signifie que lorsqu’un acteur s’écarte du scénario ou de la vision du
metteur en scène, il faut savoir le remettre dans le droit chemin, ce qui, bien sûr, est très complexe et très difficile. Il n’y a pas de recette miracle, mais en fin de compte, tout se réduit à
ces deux aspects.
Quels sont vos films préférés des cinq dernières années ?

MH : Les films d'Abbas Kiarostami et de Bruno Dumont.
Quand vous étiez enfant, quels films vous ont donné l’envie de devenir réalisateur ?

MH : Quand j'étais enfant, je n’avais pas particulièrement envie de
faire du cinéma. En fait, ça a varié suivant l’âge. A une époque, j’avais très envie de faire de la musique ; hélas, je n'étais pas assez doué, je suis donc devenu metteur en scène.
Y a-t-il d’autres films de vous que vous pourriez envisager de refaire – et si oui, lesquels ?

MH : Je n’ai aucune intention de refaire l’un quelconque de mes
autres films.
Quel projet travaillez-vous en ce moment ?

MH : Mon prochain film se déroule avant la première guerre mondiale
et traite d’enfants élevés durant cette période qui constitueront par la suite la génération nazie.
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